La culture comme une histoire de jardinage

Quelqu’un m’a demandé l’autre jour : « Marie, mais c’est quoi au juste la culture? Une culture peut se définir de bien des façons. Selon le Larousse, il est dit « qu’une culture est un ensemble de phénomènes matériels et idéologiques qui caractérisent un groupe ethnique ou une nation, une civilisation, par opposition à un autre groupe ou à une autre nation. Par exemple : la culture occidentale vs la culture orientale ». Intéressant, mais soyons plus créatifs et poussons la chose un peu plus loin. J’ai plutôt opté pour une définition basée sur l’expérience. Puisqu’il s’agit de culture, j’ai alors choisi de lui imager la chose grâce à la nature, passion que nous partageons tous les deux. Peut-être que cela vous éclairera. Voici donc l’essentiel de ce qu’on s’est raconté.

 

La culture, c’est une histoire de jardinage. Si l’envie te « pogne » tout à coup de cultiver quelque chose, faut d’abord répondre à POURQUOI. Pourquoi cultiverais-je quelque chose? Quel est le besoin? Quel est le désir? Et la réponse à toutes ces questions sera de tout ordre. Des fleurs! J’aimerais que ça sente bon autour des gens, que ce soit coloré et joyeux au regard. Des légumes et des fruits! J’aimerais que ce soit appétissant et que ça nourrisse les gens au gré des tentations et pour les partager.

 

Dans une organisation, c’est la même démarche. Il suffit de se questionner sur le POURQUOI. Pourquoi cultiverais-je ma communauté? Quel est son besoin, son désir et pourquoi ? Pourquoi cet enjeu plutôt que celui-là? Pourquoi, pourquoi et encore pourquoi. Mes clients et collaborateurs pourraient vous le confirmer. Je suis demeurée dans ma crise des 2 ans avec mes pourquoi. Et qui plus est, ils le deviennent tous. 🙂

 

Ainsi, tous ces pourquoi conduiront à répondre à un problème ou à un besoin. Il pourrait s’agir à titre d’exemples de défis liés à :

  • De l’absentéisme élevé pour problèmes de santé physique ou psychologique
  • Du roulement de personnel, problèmes de rétention
  • De l’attraction de talents difficile pour toutes sortes de raisons
  • Des problèmes de qualité sur les produits/services livrés aux clients
  • De la compétition féroce
  • Un désir d’acquérir de la notoriété

Les raisons sont infinies et spécifiques à chaque organisation. Toutefois, nul ne servirait de s’attaquer à tout à la fois. En effet, plus l’exercice de réponses aux pourquoi sera judicieux et transparent, plus les chances de succès seront élevées. Voilà donc le point de départ à la démarche, la réponse à POURQUOI.

 

Puis vient le temps de répondre à COMMENT. Comment vais-je m’y prendre pour me rendre là où je le souhaite? Quelles sont mes ressources financières et humaines disponibles pour obtenir le plus de résultats possible, et ce, à moindres efforts ? C’est monsieur Larry Hodgson[1], le jardinier paresseux qui m’a enseigné cette façon de voir et de faire les choses 😉 Le comment doit complètement répondre à l’exercice précédent tout en respecant la disponibilité des ressources, toujours limitées par ailleurs. Il faudra comprendre le terrain. Être en mesure de connaître ses forces pour les utiliser, puis ses faiblesses pour les compenser. Comprendre son histoire. Qu’a-t-on tenté de faire pousser par le passé? Est-ce que ça a fonctionné et comment s’y est-on pris? Une fois cette analyse effectuée vient l’étape importante d’élaboration d’un plan de travail. Il devra prévoir : l’emplacement selon l’ensoleillement nécessaire et l’exposition aux conditions environnementales; le labourage et la préparation de la terre; le creusage; l’enrichissement ici, l’appauvrissement là; le drainage là où ça risque de stagner; l’arrosage et l’accès à l’eau pour les périodes plus sèches; la gestion des imposteurs, dont les mauvaises herbes et les animaux.

 

Et selon les mêmes réflexes, voyons maintenant comment cela se traduit dans nos organisations : recueil et documentation des faits; analyse et compréhension des données et de leurs effets; planification des actions; planification du budget; les personnes clés du projet. Soyons inclusifs dans le COMMENT, car tous les niveaux de l’organisation sont concernés lorsqu’il est question de culture. Il faudra tenir compte des enjeux et facilitateurs internes et externes à l’organisation pour identifier les marges de manœuvre et les moyens à mettre en place pour y répondre. Cela sera instructif pour déterminer qui à l’interne voudra et pourra porter tel ou tel dossier. Aura-t-on besoin d’être accompagné par des ressources externes? Quels seront les besoins en développement? Quels outils devront être mis en œuvre?

 

Une fois le plan élaboré, il suffira de fermer la boucle. Pourquoi fermer la boucle plutôt que de conclure? Parce que ce n’est jamais terminé. Une culture n’est pas une chose qui naît, puis qui meurt. Il s’agit d’une chose qui naît, puis qui s’améliore. Si nous parlons de culture, c’est que nous parlons nécessairement de vivant. Tout ce travail doit être pérenne, d’où l’importance de bien définir le QUOI. Si je veux que mon jardin produise toute la saison et qu’il soit apte et agréable à produire à nouveau la saison prochaine, il est essentiel de bien définir le quoi pour ne pas surexploiter nos ressources. C’est l’étape de la définition des attentes. Je veux des fleurs, des légumes ou les deux,—soyons ambitieux tout en restant réaliste toutefois—, mais je veux lesquelles, combien de chacune et pour quand? Gardons en tête mon précieux conseil de paresse (ou celui de Larry plutôt). Plus de résultats ne signifie surtout pas TROP de résultats. Si c’est trop de résultats, c’est systématiquement trop d’efforts. Produire plus que ce qui est nécessaire, c’est systématiquement surexploiter les ressources…qui sont limitées je vous le rappelle. Il suffit de produire uniquement ce dont on a besoin. Pas plus. Pas moins.

 

À cette étape, plus le quoi sera précis, bien circonscrit et bien communiqué en réponse à pourquoi, plus la mise en oeuvre des efforts (ou du comment) seront concentrés et les résultats attendus auront de chances d’arriver. Parlant de résultats, tout ce qui se mesure s’améliore[2] dit-on. En effet, une bonne démarche doit s’appuyer sur les résultats. Toutefois, si nous voulons comprendre la contribution de nos efforts sur les résultats, nous devons compléter notre analyse des tendances via des indicateurs complémentaires aux résultats, notamment, des indicateurs de processus et de système. Pour illustrer le propos, prenons l’exemple de ce que mon interlocuteur et son organisation ont fait comme exercice suite à un sondage de santé organisationnelle.

 

 

Pourquoi?

Indicateur de résultat

Comment?

Indicateur de processus

Quoi?

Attente

·       Taux d’absentéisme préoccupant lié aux problèmes de santé psychologique du personnel non-cadre

·       Taux d’absentéisme critique liés aux problèmes de santé psychologique du personnel-cadre

·       Enjeux de CTVP (conciliation travail et vie personnelle) identifiés par sondage

·       Taux d’implantation de pairs-vigie en santé mentale p/r à la planification

·       % du personnel par catégorie ayant accès à des mesures de CTVP

·       Amélioration du niveau de satisfaction du personnel par rapport au dernier sondage sur la santé organisationnelle

 

·       Former au moins 2 personnes/année/secteur

·       20% du personnel non- cadre et 25% du personnel-cadre doivent avoir accès à une mesure CTVP en 2020

·       Augmenter de 10 points les résultats du sondage par rapport à l’année précédente sur la question CTVP

 

 

Cette illustration a permis à mon interlocuteur de comprendre et de nommer ce que son organisation et lui voulaient; une Culture de santé et de mieux-être.

 

Faites comme eux. Voyez votre culture organisationnelle comme votre jardin et sachez la nommer et la promouvoir. Il ne suffit pas de dire que j’ai un jardin. Je dois pouvoir dire quel type de jardin je cultive. Répondre aux POURQUOI, COMMENT, QUOI. Agir, puis fermer la boucle. Surveillez régulièrement la réponse aux attentes, car plus vous serez régulier, plus vous serez agile à corriger le tir avant que les dégâts ne soient trop importants. N’attendez pas que vos plantations souffrent par manque de nutriments ou soient exposées aux intempéries. Agissez en prévention ou du moins, dès l’apparition des premiers symptômes.

 

Entourez-vous, retroussez vos manches et passez à l’action. Bon succès! Et si je peux vous être utile au développement de votre culture, n’hésitez pas. J’ai le pouce vert.

 

Photo: Un de mes nombreux jardins à l’automne

[1] Jardinier paresseux, auteur et chroniqueur qui m’inspire dans ma vie et dans mes jardins

[2] Bob Parsons, fondateur de GoDaddy et bien d’autres avant et après lui

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